Portrait mangaka : Masami Kurumada, le créateur des chevaliers du zodiaque

Par alyciane - 15/03/2014

Les chevaliers, les zodiaques et tout ça

Masami Kurumada, pour la génération Club Do' et les lecteurs les plus tête en l'air, c'est surtout le créateur de Saint Seiya, nommé en France "Les Chevaliers du Zodiaque". Critiqué par les otakus les plus exigeants, l'œuvre de Kuramada n'a certainement pas connu le succès grâce à son trait old school, mais par son ambition graphique si bien animée par la Toeï Animation, et depuis peu par pléthore de nouveaux(/elles) mangakas. Illustre création mêlant mythologie grecquo-nordiquo-biblique (et depuis peu romaine, avec un Mars qui tombe de nulle part dans le tout neuf Saint Seiya Omega...), c'est ces inspirations efficaces et librement adaptées qui donneront sans aucun doute tant de poids aux créations du célèbre mangaka. Basé d'abord sur une simple histoire classique de karaté, Seiya deviendra un chevalier au service d'Athéna dès 1986, lancé dans le Weekly Shonen Jump. En France, là où la licence connaîtra le plus de succès, la première série animée sera diffusée en boucle de 1988 à 1997, jusqu'à sa reprise de l'univers via la série Oméga (qui désigne la "fin" dans l'alphabet grec) depuis mars 2013 sur une chaîne jeunesse. Du sang neuf pour toute une nouvelle génération réceptive au modèle shônen "nekketsu" (un canevas type où un héros orphelin et innocent, doté de capacités hors-norme, participe à un tournoi ou à une compétition pour réaliser son rêve, le tout mêlant sens de la justice, amitié, sacrifice et dévouement), élevé entre POKEMON, YU-GI-OH, BEYBLADE (on garde le côté designs multiples et collectionnites aigües) et ONE PIECE (et ses valeurs d'entraides, ses combats dynamiques, etc.). Nous ne sommes donc pas à l'abri d'une nouvelle ère "ST SEIYA", avec en plus un film cinéma annoncée pour l'été 2014.

"En fait, ce n'est pas que j'ai un intérêt particulier pour la mythologie grecque. Je m'en inspire juste parce qu'il y a des idées intéressantes dedans. La mythologie grecque comporte énormément de personnages, et les dieux ne renvoient-ils pas une impression de puissance et d'élégance ?"

Par les météores de la boxe !

Pourtant, le terrible Kurumada est loin d'être à son premier succès : déjà connu depuis les années 70 au Japon pour son œuvre phare RING NI KAKERO, qui utilise ses connaissances (et son passé) dans l'univers de la boxe. Méconnu en France, on pourrait expliquer ce désamour par une adaptation tardive de ce manga fétiche en animé (seulement en 2004 !), ce qui n'empêche pas la série de 25 volumes, pour les adeptes de l'auteur et les japonais en général, d'être celle qui l'a vraiment révélé, (et qui utilise d'ailleurs tous les élément qui ont fait le succès de ST SEIYA). Pour preuve, la suite reprise depuis 1999 et toujours en cours, RING NI KAKERO 2, laissant les séquelles ST SEIYA à d'autres nouveaux auteurs. Auteur soixantenaire, la bibliographie de maître Kurumada reste bien remplie depuis son premier essai encore amateur, OTOKO ROKU, qui a remporté le prix Hop Step du Shonen Jump. Devenu assistant grâce à son caractère entreprenant, il signera ses débuts avec le titre atypique SUKEBAN ARASHI et complétant ses sorties par plusieurs histoires courtes. Après le thème de la boxe, il se penche à la suite sur des histoires de ninjas, de lycéens et de voyous bagarreurs, pour re-connaître le succès avec ses guerriers en armure. Son FUMA NO KOJIRO adapté en anime, le succès ne continuera pas longtemps avec sa nouvelle série SILENT KNIGHT SHÔ, annulé 12 numéro plus tard. Black Out, c'est la fameuse traversé du désert d'après succès. Pourtant, l'artiste remontera ses manches et retrouvera enfin le succès avec B'T X en 1996, qui aura aussi son adaptation animée. Ce seront les années 2000 qui signeront le retour des Chevaliers Saints et des héros du ring, permettant sans aucun doute un nouveau souffle à l'auteur. Pourtant, et malgré quelques aléas dans une longue carrière, Masami Kurumada restera sans nul doute un auteur ancré dans l'histoire, aux univers riches et variés.

"Un manga qui ne peut enflammer la passion de ses lecteurs n'est pas un manga. C'est dans cet état d'esprit que j'ai dessiné RING NI KAKERO."

Le secret d'un winner

Ce n'est donc pas un mais deux énormes succès, dont un complètement international, qui a ponctué le riche parcours de l'auteur. Un succès qu'il ne doit sans doute pas uniquement à son dessin parfois critiqué (assez rond, avec de grands yeux qui portent les personnages, il est surtout très fixé à son époque, et qui peut paraître désormais démodé), ni même à ses scénarios efficaces mais redondants (les plus grands fans ne comptent plus les scènes répétitives, d'autant plus soulignées par les animés qui usent les concepts jusqu'à la corde). Reprenant l'idée des sentaïs qui faisaient déjà fureur à l'époque, le petit groupe de héros dans ST SEIYA est reconnaissable via un code couleur simple, mais possède en plus des attaques spectaculaires. Déjà, RING NI KAKERO possédait cet attrait visuel et cet amour des combats dynamiques à effets spéciaux. Une ambition d'autant plus difficile à porter sur papier. De plus, c'est le concept des armures qui donne la véritable marque du succès ST SEIYA: les éditeurs s'empressent de créer de multiples goodies à leur effigie, jusqu'aux fameuses figurines que tout le monde connaît, les Myth Clothes. Un intérêt désormais indissociable du phénomène ST SEIYA, déjà véhiculé depuis le départ. N'oublions pas d'ailleurs que l'amure de l'un des héros, le chevalier Andromède, a entièrement été réalisé par le gagnant d'un concours organisé par le Shônen Jump en 1986. Des recherches proches du public qui cultivent le suspens et la curiosité à propos des nouvelles armures sans cesse crées. Enfin, en avance pour son temps, Kurumada n'a jamais eu peur de mélanger les genres. Déjà avec son premier titre, SUKEBAN ARASHI, il décide pour se démarquer des autres mangaka d'utiliser un personnage principal féminin. Il rajoute même des éléments graphiques très ciselés, prouvant dès le départ son intérêt pour la beauté et l'élégance ; une ouverture lui permettant d'adresser son manga aussi bien à un public masculin que féminin. Une mixité qui fera la force de ST SEIYA : aussi bien adulé par les garçons que par les filles, composé brut de combat avec quelques touches de fan-service féminin, il semble normal que la nouvelle vague de manga est composée d'auteures femmes (avec Kurumada au scénario). Maintes fois détournés en doujins (BDs amateurs) fantasmant les héros dans des trips parfois BL, les traits superbes et gracieux de Shiori Teshirogi (ST SEIYA THE LOST CANVAS) et Chimaki Kuori (SAINT SEIYA - SAINTIA SHÔ) répondent donc à un public en manque de belles images, bercés par l'élégance d'une Grèce fantasmée et de combats rutilants. Une complexité finalement très moderne, prouvant que la série -et les œuvres du mangaka- reste très malléable. D'où peut-être le nouveau succès de ST SEIYA OMEGA, résolument jeunesse, et qui touche un public complètement nouveau tout en répondant aux nouvelles normes des chaînes européennes.

" A chaque chapitre je réfléchis à la manière de surprendre le lecteur, c'est la seule chose sur laquelle je me concentre. Puis lorsque je trouve enfin une idée, j'en fais le cœur du chapitre et je construis le reste de l'histoire de la semaine autour. Même s'il faut pour cela faire fi du flot de l'histoire."

Propos de Masami Kurumada, traduis par le St Seiya Pedia. Les interviews complètes à lire ici: Interview Masami Kurumada

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