Dossier rétro : La Master System

Par manga - 14/01/2014

A la fin des années 80 en France, deux consoles se sont livrées d'une bataille sans merci dans les cours de récréation. La première, véritable star des enfants, n'était autre que la NES de Nintendo. Avec son look occidental de magnétoscope compressé, la machine grise et blanche surfe totalement sur les tendances de l'époque, tout en proposant des jeux d'une qualité indéniable. Nombreux sont les enfants à avoir découvert les jeux vidéo avec cette console. Mais d'autres, comme votre serviteur, ont découvert cet univers pixellisé via la concurrence. Conçue par SEGA, la Master System s'avère plus puissante que la NES et ses jeux typés arcade offrent une autre approche du média. Forcément, les débats faisaient rage à l'époque et on a longtemps cru que SEGA et Nintendo luttaient sur un même piédestal. Mais ce fut très loin d'être le cas, les ventes mondiales de la NES ayant été largement supérieures à celle de la Master System. Au Japon, Nintendo redoutait même plus NEC (et sa PC Engine) que SEGA. Ainsi, la NES s'est écoulée à presque 62 millions d'exemplaires, alors que la Master System s'est arrêtée à environ 13 millions. Une paille comparée à son opposante. Il n'empêche que la console noire, disponible en deux versions au cours de sa vie commerciale, a de sérieux atouts. Son histoire est étonnante. Depuis sa prise de fonction en 1984 à son départ de SEGA en 1999, Hayao Nakayama a toujours été obnubilé par le succès de Nintendo. Il lui aura fallu moins d'une année pour lancer la successeur de la SG- 1000. Appelée SEGA Mark III au Japon, la console surpasse techniquement la Famicom (et son pendant occidental, la NES). Rapidement, le Président de SEGA prend conscience de l'absence de Nintendo sur les marchés européens. La SEGA Mark III change de look, devient Master System et Nakayama-san se met à la recherche de partenaires commerciaux. Son but : prendre les devants et gagner des parts de marché sur le vieux continent. Ayant pour nom de code Mark IV, la Master System a besoin de supports financiers et mercantiles. C'est dans cette optique que la firme de Haneda créér la SEGA's Consumer Products Division. Dirigé par Bruce Lowry et Bob Harris, ce département doit, dès son ouverture, faire face à un énorme défi. Le CES de Chicago de l'été 1986 est un évènement indispensable à la présentation de la console de SEGA. Au prix d'efforts colossaux, Lowry et Harris parviennent à monter un stand digne de ce nom. Et ce stand va changer à tout jamais l'avenir de la console sur le sol européen.

Des hommes et des machines

Créateur de la société Mastertronic en Angleterre, Martin Alper est l'un des investisseurs présents à cette édition estivale de 1986. Le CES demeure le rendez-vous immanquable en matière d'électronique, surtout à une époque où l'E3 n'existe absolument pas. Alors qu'il arpente une à une les allées, il tombe sur le stand SEGA et découvre la fameuse Master System. Mastertronic étant spécialisée dans la diffusion de jeux vidéo à petit budget, son patron est très vite attiré par la protégée de SEGA. D'abord intéressé par la NES, il se heurte à une fin de non-recevoir, Nintendo ayant déjà prévu de travailler avec Bandai et Mattel. Ne se résignant pas, il se tourne donc vers la concurrence. Seulement voilà, Mastertronic n'est pas assez costaud financièrement pour obtenir l'aval des pontes de SEGA. De retour en Angleterre, Martin Alper fait appel à la holding Virgin, qui prend la moitié du capital de Mastertronic. Grâce au mariage des deux firmes, le poids financier devient beaucoup cohérent face aux exigences de SEGA. Martin Alper, épaulé de Franck Herman, sait qu'il a tous les atouts dans sa manche pour imposer la Master System en Europe. Dans un premier temps, Virgin Mastertronic (la fusion des deux sociétés) s'intéresse au marché anglais. C'est au tout début de l'année 1987 que la Master System sort en Angleterre. Il faut attendre le mois de septembre de la même année pour que SEGA débarque sur les sols des autres pays européens, dont la France. Grâce à la publicité et à un marketing assez agressif, la machine s'écoule honorablement à partir de l'été 88 et prend à contrepied la NES de Nintendo. Fin 1988, on dénombre 500 000 Master System en Europe, avec un très beau succès en Angleterre. La NES surpassera rapidement sa concurrente, mais les fans de SEGA peuvent compter sur le soutien de leur constructeur fétiche.

Bataille de mauvaise foi

En France, même si la Master System a été distancée par la NES, difficile de ne pas se souvenir des innombrables débats qui avaient lieu dans les cours d'école. Tous les arguments étaient bons pour mettre sa machine en avant : le visuel des jaquettes, la qualité des graphismes, les boitiers plus résistants, les jeux exclusifs... Sonic et Mario se livraient une confrontation sans merci, où tous les coups étaient permis. Dans les faits, la NES était mieux implantée mais il n'était pas difficile de trouver dans son entourage des possesseurs de Master System. Au fil du temps, je me souviens même avoir fait des échanges de consoles pour découvrir les Tortues Ninja et Kirby, moi qui possédait Sonic, Alex Kidd ou encore l'excellent Astérix développé par SEGA. Dès 1990, et l'arrivée de la Mega Drive, les choses se sont un peu tassées mais peu de camarades ont pu se procurer la 16 bits, alors assez chère. Les jeux 8 bits prenaient du poil de la bête, le clou du spectacle ayant été des titres comme Sonic 2, Tom & Jerry ou encore le démentiel Chuck Rock 2. Techniquement, la NES était explosée, ce qui est tout à fait normal pour un hardware datant de ... 1983. Celui de la Master System était plus récent, même s'il commençait à prendre de l'âge. Et puis, dès 1991/1992, les 16 bits sont rentrées dans la lumière, avec une nouvelle bataille entre la Mega Drive et la Super Nintendo. Et là, les possesseurs de la 16 bits de Nintendo se sont bien vengés en nous décrochant la mâchoire avec des jeux exploitant le mode 7 (le fameux mode permettant l'utilisation d'une simili-3D) tels que F-Zero ou Super Mario Kart. Une vraie tarte ! Heureusement, la Mega Drive s'est vite rebellée.... mais c'est une autre histoire.

Le yoyo américain et la Master System II

Aux States, SEGA a eu un mal monstrueux à imposer sa Master System. Et pour cause, Nintendo détenait la bagatelle de 90% du marché nord-américain. Autant dire qu'il ne restait que des miettes à la firme du hérisson. Voyant l'échec s'avancer peu à peu et la machine tomber aux oubliettes, SEGA a vendu les droits de distribution dès 1988 à Tonka. L'éditeur a bien tenté d'exister face à la NES mais c'était une rixe perdue d'avance. Deux ans plus tard, la Mega Drive permet à SEGA de se redresser... et de racheter les droits de distribution des produits SEGA à Tonka. C'est à cette fameuse période que le design de la Master System est revisité... et qu'elle devient la Master System II, qu'énormément de joueurs ont pu découvrir grâce à de nombreux packs. Ainsi, les Master System II avec Alex Kidd intégré étaient très répandues. La console a avant tout été conçue pour redonner une dynamique à la marque, tout en permettant de réaliser des économies. Si un clapet du plus bel effet a été ajouté, on dénombre de nombreuses suppressions : le lecteur de cartes, le bouton RESET, la diode verte ou encore le port extension passent à la trappe. Même le lancement du bios est différent, avec le simple logo de SEGA qui s'affiche sur fond noir. Pas de son, pas d'animation, le strict minium !

Une console démentielle

Bien que la NES a nettement dominé les charts européens, la Master System a vraiment réussi à tirer son épingle du jeu. C'était surtout le cas de la Master System II qui s'est très bien implanté dans l'hexagone. Les jeux sortis sur cette bécane ont plus que jamais marqué les esprits, avec de nombreuses adaptations de jeux d'arcade, de la plateforme de qualité, des RPGs fantastiques, des jeux d'action par dizaine, de bons jeux de course.... elle a vraiment une ludothèque de grande qualité. Et puis, prendre la cartouche, soulever le clapet, insérer la cartouche... c'est bête mais cela avait un charme qui s'est totalement perdu aujourd'hui. Un peu comme avec la NES et son clapet, ou lorsqu'on prenait le bras d'un tourne-disque pour le poser sur un 33 ou 45 tours. Que vous ayez eu la Master System ou la Master System II, nul doute que vous avez passé d'excellents moments sur cette formidable console ! D'ailleurs, on ne peut que souligner l'ingénieuse idée de SEGA, qui s'est confrontée à un problème de taille : comment faire une croix directionnelle alors que le brevet a été déposé par Nintendo ? Pour "singer" l'invention de Gunpei Yokoi, les ingénieurs de SEGA ont tout simplement imaginé un pad directionnel, formé d'un bloc permettant d'accéder à toutes les directions. En fait, ce D-Pad (D pour Directionnal) ou pad directionnel n'était qu'une légère évolution de celui de la Sega Mark III. Il y avait même un stick qui a été enlevé par la suite.

Des jeux, des jeux, des jeux

La Master System a accueilli des jeux vraiment variés et réussis. Malgré les jaquettes abusées, certaines productions plus ou moins ambitieuses ont marqué les esprits. Tout d'abord, il y a les jeux utilisant le célèbre Light Phaser, le pistolet optique de SEGA. On ne peut décemment pas passer à côté d'Operation Wolf ou Rescue Mission. Côté "petits" jeux, des productions comme Teddy Boy, Ghost House, Transbot, The Ninja sont parvenus à fédérer pas mal de joueurs. Il est difficile de faire un liste complète mais la ludothèque Master System regorge de titres juste fantastiques. Les Sonic, Golden Axe, Out Run, Mickey Mouse : Castle of Illusion, Shinobi, Asterix, les deux Donald Duck, la baffe graphique Chuck 2 : Son of Chuck, Phantasy Star, Wonderboy III, Kung Fu Kid, Les Schtroumpfs, Streets of Rage... Quoi ? Vous êtes encore là ? Mais foncez jouer à la Master System. Malgré son âge, elle demeure encore très efficace ! Et en plus, aujourd'hui, elle est trouvable facilement sur le net à des prix plus que corrects. Si vous voulez de l'instantané, l'émulation de la console est absolument parfaite et permet de s'éclater avec les meilleurs jeux.

L'avis de la communauté

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23/02/2014 22:35:03 RiKun (Membre)

RiKun

J'en ai encore une ^^

29/01/2014 01:20:30 Estelle26 (Membre)

Estelle26

Je suis plutôt Nintendo addict. Je n'ai jamais eu envie d'une SEGA mais la Saturn m'avait mis une vrai claque. La Dreamcast aussi était bien.

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