Dossier manga : Le shônen manga

Par alyciane - 24/02/2014

Le trip initiatique et tout le toutim

Le shônen fait partit des quelques étiquettes collées de force par les très sérieux éditeurs -anime ou papier- nippons qui, habitués à ne cibler qu'une tranche de la population (contrairement en France avec nos fameux "pour les enfants de 7 à 77ans"), ont mis au point des techniques aiguisées et des codes bien ficelés pour toucher le jeunot (mâle) ado. Le genre "nekketsu" par exemple ("sang bouillant" en français), qui rabâche le même schéma : Naruto, One Piece, Dragon Ball sont donc de la même veine. Jeunes garçons solitaires (et affamés ? C'est tellement plus comique et viril !), ils progresseront dans leur voyage semé d'embuche pour se dépasser et devenir de vrais héros surpuissants. Au delà de la simple métaphore du gamin qui grandit (et qui pourra donc interpeler n'importe quel ado), le genre se veut moral et inculque les idées de justice, de fraternité et de volonté qui permettraient à n'importe quel adulte de bien s'insérer dans une vie nippone communautaire. Attention, pas de critique ici : si ces procédés peuvent paraître artificiels, ces carcans pourtant limitatifs ont permis depuis toujours aux mangakas de se dépasser eux aussi, de réaliser de nouvelles histoires toujours plus originales grâce à leur narration ou leur design décalé. Relevant parfois du génie, les impacts sur la jeune génération (même française !) se relève souvent positifs : l'excellent GTO interpelle les voyous, Evangelion inculque quelques principes psychologiques et même le très libre St Seiya éveille à la culture mythologique. A prendre avec des pincettes, certes, et beaucoup d'humour, mais qui reste sans aucun doute une solution agréable et décomplexée pour l'ado blasé de réfléchir sur la société. L'excellent historien Jean-Marie Bouissou cite d'ailleurs dans son livre* trois stratégies d'identification shônen, permettant à chaque adolescent, selon son caractère, de s'y retrouver : le combat (tous les shônen de baston), la fuite ( pour les caractères plus peureux, les mangas comme Doreamon proposent une alternative moins honorable mais qui dédramatise certaines faiblesses) ou "le renversement burlesque" (Ranma 1/2, Gintama, ces mangas qui transforment les problèmes grâce à des procédés comiques, loufoques, voir complètement allumés). Trois voies qui reflètent assez bien les caricatures d'une société: les combattifs/grande gueules, les passifs/observateurs et les comiques/joyeux-lurons. Trois façons d'affronter la vie qui sauront bien vous interpeler !

Sexy girl et petite culotte

Au delà des petits problèmes quotidiens, l'autre préoccupation d'un lycéen est en général... les demoiselles. L'erreur souvent faite est de classer toutes les histoires d'amour en shôjo ("manga pour fille"), ce qui n'est absolument pas le cas. Et puisque l'amour n'est pas réservé à la gente féminine, les mangas comme Love Hina, I's ou le très récent Happy Project ne sont que quelques exemples dans l'immensité des shônens sentimentaux. Du très sexy "pantsu" ("culotte") tendance harem à la romance soft, ces histoires de cœur sont des modèles pour tous les ado trop timides pour se lancer dans la cour de la drague. Loin d'être des guides du tombeur, les héros sont au contraire des étudiants dépassés, naïfs, souvent réservés et hésitants face à des allumées hystériques ou des icônes angéliques intouchables. Des histoires qui révèlent non seulement le problème typiquement japonais de la catégorisation des genres ; mais plus généralement, que tous les garçons sont égaux face au mystère féminin. Des love stories beaucoup plus torturées et loufoques (la dérision est une belle leçon quand on se prend un râteau ! ) que chez les jeunes français, mais qui permettent encore une fois de relativiser. Ajoutez-y de jolis dessous sexy et quelques poses aguicheuses : les garçons redécouvrent les formes féminines peut-être trop idéalisées. Une vision parfois intimidante dans une société sous pression : les "otaku" sont justement décris comme des pervers renfermés avec leurs figurines et animés. Intimidés par les vraies filles, on dit qu'ils préfèrent se retirer avec ces poupées virtuelles finalement plus accessibles. Une vision assez usée à nuancer qui oublie d'autres facteurs plus culturels, et certainement pas caractéristiques du nouvel "otaku" tellement hype. Le très drôle Que sa volonté soit faite, par exemple, illustre les péripéties d'un fan des jeux de drague devenu un véritable séducteur pour le bien de l'humanité. Et heureusement que la morale du genre reste finalement toujours positive : gentillesse, écoute de l'autre et respect restent les vraies solutions pour trouver l'être aimé. "Faites-le en vrai les gars, ça marche !"

Ces shônens pour les nanas

La catégorisation du manga au Japon reste très différente de la perception que nous en avons en France. Si le shônen n'est finalement qu'un terme éditorial indiquant de quel magazine est tiré l'histoire (les mangas sont prépubliés dans les magazines réguliers, toujours destinés à un public défini), la France en a fait un genre à part entière, distinct et assumé. "Pour les garçons" restent donc la marque en figure de proue de tout shônen qui se respecte, se foutant bien des milliers de filles lisant Naruto et autre Fairy Tail, passionnées par leur univers. En effet, les codes "shônen" visent avant tous les garçons, inutile de le nier. Cependant, et depuis quelques années, plusieurs éditeurs nippons ont décidé de casser les codes et de brouiller les pistes, Square Enix en tête. On pense au célèbre Black Butler, qui doit avoir autant (sinon plus ! ) de lectrices attitrées, convaincues par la palettes de beaux gosses, les attitudes moe et fan service tendance boy's love (les romances entre hommes sont sans nulle doute à la mode chez les femmes mangavores !) et l'ambiance élégante. Du Kaori Yuki (maîtresse du dark shôjo) à peine maquillé qui révèle une volonté de frapper large chez les japonais. Cela s'explique sans aucun doute par le nombre plus élevé de mangakas femmes dans le milieu du shônen : élevées au RPG et libérées d'un shôjo trop marshmallow, elles sont désormais capables d'exercer dans toutes les catégories, quitte à y introduire quelques intérêts 100% féminins ! Poussés par ce succès général, les auteurs hommes s'y mettent aussi et introduisent des charadesigns typiquement pour fille (et qui plaisent aussi aux garçons). Des quelques bishônen ("beaux garçons") à peine visibles dans Dragon Ball, on passe à la palette large de choix à la Bleach. Il n'y a plus qu'à faire son marché !

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